Chagrin
Le secret pouvoir des résilients

« J’encaisse, je suis fort.e. »
« Je vais gérer, pas le temps de pleurer. »
« Ça va passer, faut avancer
. »

Vraiment ? Est-ce vraiment ce que vous vous dites ?

Si vous êtes du genre à garder votre chagrin sous clé, un spoiler majeur s’impose : ce n’est pas une bonne idée.
Le chagrin n’est pas un bug du système émotionnel, c’est une fonction essentielle, une sorte de station-service pour recharger notre énergie vitale. Ceux qui savent l’accueillir et l’exprimer constituent leur capital résilience. Les autres… prennent le risque de basculer en zombie émotionnel.

Alors, êtes-vous prêt.e à regarder le chagrin en face et à comprendre son utilité ?

Accrochez-vous, nous allons décortiquer ensemble ce mécanisme mal connu, et je vous promets que ça ne sera pas (trop) triste.

D’abord, mettons les choses au clair : le chagrin n’est pas un état d’âme flou, ce n’est ni du vague-à-l’âme ni un simple petit coup de mou. Le chagrin, c’est une émotion fondamentale, aussi utile que la peur ou la colère. Cette émotion est à la foi une alerte, un flux hormonal et une solution comportementale.

Sa mission ? 

Nous alerter de l’urgence d’évacuer la douleur liée à une perte et nous permettre de reprendre la route​. Le cerveau limbique décharge alors les hormones nécessaires pour faire cela. Si nous n’agissons pas dans le bon sens, les hormones sont là, inutiles et provoquent un état qu’on appelle une humeur…

  • Quand le chagrin est exprimé, nous pouvons recharger notre énergie vitale.
  • Quand il est bloqué, il se transforme donc en humeur persistante : mélancolie, déprime, pessimisme, parfois se masque sous la colère frustrée.

Bref nous devenons des virus contaminants pour notre environnement et pour nous-mêmes. Ma grand-mère qui avait des lettres, appelait ça « se faire du mauvais sang ».

Et voilà comment, en refusant de pleurer, ou d’exprimer notre peine, nous nous retrouvons à scroller sans fin sur Netflix avec une humeur de chaussette trempée et une haleine de vieille marmotte fatiguée.


Nous ne savons plus pleurer (et encore moins crier)

Il fut un temps où nous étions des pros. Regardez un enfant : il pleure quand il a mal, il crie quand il est en colère, et dix minutes plus tard, il rit aux éclats. Pourquoi ? Parce qu’il ventile ses émotions et ne les stocke pas dans un coin de sa tête comme une facture impayée​.

Mais les adultes raisonnables, ils font quoi ? Ils gèrent :

  • En retenant les larmes (au cas où quelqu’un nous traiterait de fragile).
  • En mettant un couvercle sur la tristesse (parce que ça dérangerait les autres).
  • En accumulant (jusqu’à ce que ça explose un jour sous forme de burn-out ou de désespoir existentiel).

Question émotionnelle #1 :

Savez-vous quand votre peine devient trop forte pour penser clairement ?

Si la réponse est « Euh… je crois que ça va » alors mauvaise nouvelle : vous êtes peut-être en overdose de “chagrin accumulé”.

Le signal d’alarme, c’est quand le cerveau lui-même s’embrouille.

Vous réveillez-vous la nuit ou avez-vous du mal à trouver votre sommeil parce qu’un chanteur de blues vous susurre sa mélopée triste au creux de l’oreille (interne) ?

Le vrai danger du chagrin, ce n’est pas d’être triste. C’est de ne plus s’en rendre compte et de continuer à fonctionner au pilote automatique, sans énergie et sans motivation.

Si vous avez du mal à savoir quand votre peine est trop forte, voici trois signes concrets que vous devriez écouter votre chagrin au lieu de l’étouffer.

Mode d’Emploi Express : Apprenez à reconnaître le moment où la soupape doit lâcher.

  • Si vous avez du mal à respirer en repensant à une perte ou un échec.
  • Si vous ne prenez plus de plaisir dans ce que vous aimez d’habitude.
  • Si vous avez envie d’étrangler quelqu’un juste parce qu’il mâche trop fort. Votre colère frustrée est peut-être juste un exutoire pour évacuer la douleur.

1. Le symptôme du brouillard mental quand même penser devient épuisant

Quand le cerveau est saturé de tristesse, il fonctionne au ralenti. On oublie des trucs, on manque de concentration, et les décisions simples deviennent complexes.

À tester :

  • Notez ce que vous ressentez chaque matin. Si vous écrivez « fatigue », « lassitude », « rien envie de faire » apparaître plusieurs jours de suite, alerte !
  • Testez l’écriture automatique. Posez une question simple (« Comment je vais ? ») et écrivez sans réfléchir. Parfois, la réponse sort toute seule.

« C’était il y a sept ans. Je sortais d’une rupture amoureuse pénible et je croyais aller bien parce qu’elle avait d’abord été un soulagement. Je me pensais juste fatigué et surmené. Quelques jours plus tard, je me suis vu oublier constamment mes rendez-vous. J’observais que lire un mail me demandait un effort colossal. Je préférais reporter en me disant que je devais retrouver de l’énergie. La vérité c’est que je n’avais plus envie de rien. Un ami m’a demandé si c’était lié à ma rupture, et a ajouté, une rupture c’est épuisant émotionnellement. J’ai compris que ce n’était pas de la flemme… c’était un deuil ou un chagrin bloqué qu’il me fallait accepter faute de le comprendre. »

Témoignage de mon ami Philippe

2. Le symptôme du corps qui parle

Quand le mental ignore la tristesse, c’est le corps qui prend le relais. Ça se manifeste par des douleurs musculaires, une sensation d’oppression dans la poitrine, des maux de tête fréquents.

À tester :

  • Scannez votre corps en fermant les yeux et en vous demandant : où est-ce que je ressens une tension ?
  • Faites du sport doux (yoga, marche rapide, danse) et observez si certaines émotions remontent.

« J’ai perdu mon emploi il y a six mois et j’avais mal au dos en permanence. Après une séance de danse improvisée, j’ai fondu en larmes sans raison. Mon corps savait avant moi que j’étais en train d’accumuler du chagrin. »

Témoignage de mon amie Florence

3. Le symptôme de la perte de plaisir, plus envie de rien

Quand la tristesse est trop forte, nous coupons l’accès au plaisir. Ce qui nous passionnait avant devient fade, et même les petites choses agréables (musique, bouffe, balades) ne déclenchent plus rien.

À tester :

  • Repensez à une activité que vous aimiez faire avant et testez-la à nouveau. Si vous ne ressentez rien… c’est un signe. Ce n’est pas que vous avez changé, c’est que vous êtes englué.e dans un chagrin que vous ne reconnaissez pas encore.
  • Recherchez le moindre petit plaisir pour évaluer l’intensité de la peine qui vous habite. Si rien ne provoque de bien-être, il est urgent d’agir.

« Je me suis rendu compte que je n’allais pas bien quand j’ai réalisé que la musique que j’adorais avant ne provoquait plus rien. Je me suis vu bailler aux corneilles et réaliser que le morceau était arrivé à son terme sans que je l’écoute seulement. C’en est arrivé même au point où c’était pénible d’écouter de la musique, comme si mon inconscient voulait que je m’occupe d’autre chose que j’ignorais. C’était comme si je m’étais déconnecté de moi-même.« 

Témoignage de mon client Guy, DRH dans une grande entreprise du luxe

 En résumé :

  • Si réfléchir vous épuise, votre tristesse prend trop de place.
  • Si votre corps vous envoie des signaux, écoutez-le.
  • Si le plaisir disparaît, ce n’est pas normal, c’est un appel au secours.

La tristesse n’est pas juste une émotion. C’est aussi un signal d’alarme. Et savoir quand l’écouter fait toute la différence entre un chagrin qui vous traverse et un chagrin qui vous écrase.


Question émotionnelle #2 :

Savez-vous pleurer ou crier pour évacuer la douleur liée à la perte ?

Si vous ne le faites jamais, c’est peut-être le signe que vous bloquez quelque chose d’essentiel. Et un chagrin bloqué ne disparaît pas. Il s’accumule, comme un disque dur saturé.

Contrairement à ce que pense les faux courageux, pleurer n’est pas une faiblesse. C’est un travail de détox, une remise à zéro du système émotionnel. Les sportifs récupèrent avec des étirements et des massages ? Nous, nous récupérons avec des larmes ou des cris.  Rappelons que les anglo-saxons utilisent le verbe « to cry » qui signifie pleurer et/ou crier.

Mode d’Emploi Express : Choisissez votre technique d’évacuation.


1. La méthode du « Film triste & Kleenex » : provoquer les larmes

Si vous ne pleurez jamais, vous avez peut-être juste oublié comment. L’astuce, c’est d’amorcer le processus.

À tester :

  • Regardez un film, une série, ou écoutez une musique qui vous touche profondément.
  • Pensez à un souvenir marquant et revivez-le consciemment.
  • Laissez venir. N’interrompez pas le processus sous prétexte que « ce n’est pas le bon moment ».

« J’ai un pote qui ne pleurait jamais. Un jour, il a regardé Coco de Pixar et il s’est mis à pleurer comme un enfant. Il s’est senti ridicule au début… puis incroyablement soulagé après. Je lui ai avoué que je retenais mes propres larmes et qu’au fond de moi, je l’enviais de se donner cette permission.« 

Témoignage personnel

2. La méthode « Cris dans le vent » 

Expulsez la tension, crier, c’est évacuer une énergie stagnante. Pas besoin de hurler sur quelqu’un, hurlez « dans le vent ». Garder tout à l’intérieur, c’est une bombe à retardement.

À tester :

  • Hurlez dans un coussin. Oui, vraiment. C’est discret et ça fait du bien.
  • Faites un tour en voiture et criez ou chantez à tue-tête, avec la musique à fond. (Évitez les accidents quand même 😅). Notez au passage l’expression délicieuse « à tue-tête » qui veut bien dire supprimer les petites voix intérieures qui rongent notre humeur à petit feu. 
  • Allez dans la nature et lâchez tout. Forêts, montagnes, plages… ces endroits sont faits pour ça.

« Dans le film magnifique de Bob Fosse « Cabaret », la chanteuse Sally Bawls dont la vie ne démarre pas et dont les amours se meurent les unes après les autres utilise la technique du cri dans le vent. Elle se rend tous les jours sous un pont ferroviaire, elle attend le passage d’un train et crie à tue-tête, puis elle rit à gorge déployée, car l’expression du chagrin stimule une réaction du cerveau qui remercie par la joie.« 

Témoignage fictionnel

3. La méthode de la lettre fantôme 

Parfois, les mots écrits permettent de pleurer ou de crier intérieurement avant que ça ne sorte vraiment.

À tester

  • Prenez un carnet et écrivez une lettre que vous ne donnerez jamais.
  • Autorisez-vous à être brutalement honnête avec vous-même.
  • Si vous ressentez des larmes monter, laissez-les couler.

« J’ai écrit une lettre à quelqu’un qui ne la lira jamais et à qui je n’avais pas tout dit de son vivant. Pendant que j’écrivais, j’ai senti mes yeux brûler… et sans comprendre pourquoi, j’ai pleuré. J’avais juste besoin que ça sorte.« 

Témoignage personnel

Question émotionnelle #3 :

Savez-vous vers qui vous tourner pour récolter un soutien compassionnel ?

Notez bien : si votre seule réponse est « Ma mère, mon psy ou mon guide spirituel », c’est raté. Ces gens sont formés pour ça, c’est leur boulot, mais la vraie question est : avez-vous dans votre entourage quelqu’un qui vous offre une écoute sincère et un soutien gratuit, juste parce qu’il vous aime ?

Mode d’Emploi Express : Ne faites pas tout le travail seul.e.

Identifiez vers qui vous tourner pour récolter un soutien compassionnel. Voici trois exemples concrets de ce que vous pouvez faire pour identifier et solliciter un vrai soutien :


1. L’allié.e naturel.le

Cherchez dans votre entourage quelqu’un qui ne vous juge pas et qui sait juste écouter.
Ça peut être un ami, une collègue bienveillante, un membre de la famille (autre que ceux dont c’est « le métier »). L’idée n’est pas de trouver quelqu’un qui donne des conseils, mais une personne qui accueille votre émotion sans minimiser ni dramatiser.

À tester :

  • Testez la conversation avec quelqu’un en disant : « J’ai besoin de parler, pas de solutions, juste d’être écouté.e. »
  • Voyez comment la personne réagit. Est-ce qu’elle écoute vraiment ou essaie de détourner la discussion ?

« Quand j’ai traversé le deuil de ma grand-mère que j’adorais, j’ai remarqué que mon collègue du café du matin était meilleur pour écouter que ma propre famille. Il ne cherchait pas à me consoler, il m’écoutait, il était juste à être là, et c’était déjà énorme. »

Témoignage d’une cliente en coaching

2. La tribu secrète

Rejoignez un cercle d’amis où l’écoute est une pratique naturelle (et où ce n’est pas leur job d’aider). Ça peut être un groupe de soutien informel, une association, ou même une activité où l’on partage des expériences profondes sans jugement.

À tester :

  • Participez à un cercle de parole (ex. cercles de méditation, groupes de partage sur des expériences communes).
  • Engagez une conversation sincère avec un groupe d’amis qui ont vécu des pertes similaires.

« Un jour, j’ai partagé mon deuil dans un groupe de passionnés de randonnée. J’ai été surpris de voir que, sur le sentier, les discussions étaient plus profondes et naturelles que dans mon propre cercle familial. »

Témoignage de ma cousine Juliette

3. Le plan d’urgence :

Créez votre propre « filet de sécurité émotionnelle » Établissez dès maintenant une liste de deux ou trois personnes que vous pouvez contacter en cas de besoin. On l’oublie souvent, mais au moment où la douleur frappe, on est rarement en état de chercher qui appeler.

À tester :

  • Faites une liste écrite ou mentale des personnes auprès de qui vous vous sentez en sécurité émotionnelle.
  • Envoyez-leur un message de type : « Je traverse une période difficile en ce moment. Est-ce que je peux compter sur toi si un jour j’ai juste besoin de parler ? »
  •  

« J’ai écrit trois noms sur un post-it collé à mon bureau. Le jour où j’ai eu un coup dur, au lieu de me noyer dans mon silence, j’ai appelé la première personne sur la liste. C’était bizarre au début, mais après cinq minutes, j’ai compris que je n’étais pas seule. »

Témoignage de ma fille Mathilde

Le but n’est pas de s’épancher, mais d’avoir des endroits et des personnes où l’on peut déposer une partie du poids quand ça devient trop lourd.

Alors, avez-vous votre équipe de soutien émotionnel prête ?


Les champions et championnes du chagrin construisent leur capital résilience

La résilience ne vient pas du fait d’être fort. Elle vient du fait de savoir exprimer la perte, de savoir quand et comment pleurer, pour retrouver son énergie après​. C’est la différence entre une personne qui s’effondre après un échec et une autre qui rebondit.

Ceux qui maîtrisent le cycle du chagrin :

  • Ne confondent pas tristesse et faiblesse.
  • Se donnent la permission de ressentir (sans attendre d’exploser).
  • Trouvent du soutien auprès de vrais alliés, pas juste des « professionnels du réconfort ».
  • Retrouvent de l’énergie plus vite pour avancer sur leurs projets.

Ce sont eux qui réussissent à vivre intensément sans traîner un sac de briques émotionnelles sur le dos.


Bref !

  1. Savez-vous reconnaître le moment où il faut lâcher ?
  2. Savez-vous pleurer ou crier quand il le faut ?
  3. Savez-vous vers qui vous tourner (en dehors des pros du réconfort) ?

Si vous avez répondu « Non » à une de ces questions, il est temps d’apprendre à écouter votre chagrin plutôt que de le museler.